1792




 
Amphigouri patriotique

paroles de Beffroy du reigny
air du menuet d'Exaudet


Quoi ? Vraiment !
Mais comment ? ...
Au contraire ! ...
Car après ... donc par devant ...
Hélas ! auparavant ...
Oui-dà ! pour l'ordinaire ; ...
Génitif,
Ablatif,
Concordance ;
Indivisibilité,
La mort, l'égalité
Bonbance ...
Rhétorique, astrologie,
Escrime et théologie
Te deum
Berg op Zoom
Apozème
Syllogisme, in barbara,
Ippecacuana,
Scevola ! ...
Qui va là ?

Demosthènes,
Aristide, Anacréon,
Collot, Marat, Fréron ...
Tous les faubourgs d'Athènes ...
Massacrons,
Et sauvons ...
La Patrie ...
Gens suspects, coupons le coup
Citoyens, la bourse ou
La vie !

bibliothèque de l'Arsenal ; Les soirées chantantes ; RO 13953

Curieuse chanson que cet amphigouri. L'auteur perd son auditoire par une suite impossible à comprendre car il n'y a pas de sens. C'est la fin de la chanson qui est intéressante car prémonitoire de ce qui va arriver avec la Terreur.




 
Veillons au salut de l'Empire

paroles de : Boy musique de : Dalayrac (1787)
orchestration de : Gossec en 1792


1er couplet

Veillons au salut de l'empire
Veillons au maintien de nos droits
                                               lois
Si le despotisme conspire
Conspirons la perte des rois

refrain

    Liberté !
    Liberté !
    Que tout mortel te rende hommage !
    Tyrans tremblez !
    Plutôt la mort que l'esclavage,
    C'est la devise des Français
    Liberté !
    Liberté !
    Que tout mortel te rende hommage !
    Tyrans tremblez !
    Vous allez expier vos forfaits
    Plutôt la mort que l'esclavage,
    C'est la devise des Français

2ème couplet

Du salut de notre patrie
Dépend celui de l'univers ;
Si jamais elle est asservie,
Tous les peuples sont dans les fers.

3ème couplet

Ennemis de la tyrannie,
Paraissez tous, armez vos bras !
Du fond de l'Europe avilie,
Marchez avec nous aux combats !

Cet hymne guerrier était l'un des chants révolutionnaires officiels. Dans le deuxième couplet, l'auteur rappelle le caractère universel de la Révolution. C'est un appel aux peuples européens. La guerre est proche.




 
Les voyages du bonnet rouge

paroles de : Sallé

air de : On doit soixante mille francs



Le bonnet de la liberté
Brille et voyage avec fierté
En dépit des despotes. (bis)
Sa course embrasse l'univers
Partout il va briser les fers
Des braves sans-culottes. (bis)

Déjà ce signe rédempteur
Imprime une juste terreur
Sur le front des despotes. (bis)
Ils s'arment en vain contre lui !
Les sceptres tombent aujourd'hui
Devant les sans-culottes. (bis)

A Rome, à Londres, à Berlin,
A Vienne, à Madrid, à Turin,
On voit les fiers despotes, (bis)
Sur ce bonnet, en lettres d'or,
Lire tous l'arrêt de leur mort,
Au gré des sans-culottes. (bis)

L'esclave, enfant de Mahomet,
Libre en recevant ce bonnet
Va frapper ses despotes. (bis)
Déjà sous les yeux du sultan
Il bénit le nouveau turban
Des Français sans-culottes. (bis)

Enfin, de Paris au Japon
De l'Africain jusqu'au Lapon,
L'égalité se fonde. (bis)
Tyrans, le sort en est jeté :
Le bonnet de la liberté
Fera le tour du monde. (bis)

histoire chantée de la 1ère République. 1789 à 1799. Louis Damade, Paris, 1892

Le bonnet rouge, symbole de la liberté retrouvée, de la fin de l'esclavage. En lui faisant faire le tour du monde, l'auteur cherche à montrer que rien ne peut arrêter les principes universels et moteurs de la Révolution.




 
Couplet chantés par le sage

paroles de : Beffroy du Reigny
air de : Ton humeur, est Catherine


Mon Dieu ! Mon Dieu !
Quel tapage
Dans l'empire des Français
Du matin au soir en transe
Pas un instant de repos.
Si cela durait encore
Seulement vingt ou trente ans.
Je crois bien que le royaume
Pourrait s'en trouver fort mal

Pour arranger la finance
On aura bien du quignon ;
C'est là le plus difficile
Car le reste va tout seul
Pour mieux soulager la France
On l'inonde d'assignats
Mais les écus de six livres
Se conservent beaucoup mieux.

bibliothèque de l'Arsenal n° RO 13953

Les assignats, pour répondre aux besoins financiers, on émet des assignats. Leur valeur est basée sur celle des biens nationaux. Trop d'assignats sont émis et ils perdent de leur valeur très rapidement. En 1796, ils sont supprimés complétement.




 
Hymne en l'honneur des Marseillais des Brestois et de tous nos braves Sans-culottes

paroles de : Thomas Rousseau
air de : Aussitôt que la lumière


Honneur à l'ardeur guerrière
Des intrépides Brestois
Honneur à l'audace altière
Des immortels Marseillois
Honneur à nos sans-culottes
Qui de courage bouillants
Ont sabré nos Dons Quichotte,
L'amour des honnêtes gens.

Tant que siffle la mitraille
Combattent les grenadiers
Nos chasseurs à la bataille
Volent aussi les premiers ;
Tous pour vaincre les rebelles,
Bravant le feu des canons
Prouvent s'ils portent des ailes
Que ce n'est pas aux talons.

Dans leur rage meurtrière
Nos vains ennemis déçus
Mordent enfin la poussière
Par-tout ils sont abattus :
Vil courtisan de Versailles
Pour mieux nous vanter tes Rois
Viens sur ce champ de bataille
Viens admirer leurs exploits.

Ces malheureuses victimes
De ton prince et de sa cour
Pour avoir servi leurs crimes
Ont ici perdu le jour ;
Lâche adorateur d'un maître
Vois du moins quel est le prix
De tes forfaits dont le traître
A lui seul tous les projets.

A la voix d'un prêtre impie
Charles, monarque-bourreau
D'une horrible boucherie
Réalise le tableau.
Louis, jaloux de la gloire
De lui donner un pendant
Offre au pinceau de l'histoire
Son infâme Saint Laurent !

Peuples, quel démon féroce
Peut donc avoir enfanté
Le perfide sacerdoce
Et l'affreuse royauté ?
Pour jouir d'un sort prospère
Osons briser à la fois,
Le double joug sanguinaire
Et des Prêtres et des Rois !

La grande Bible, BHVP 18236 Clé du caveau n° 50

1792 est une année difficile pour la Révolution, la guerre est déclarée, le jour de Saint Laurent est la journée du 10 août, où le peuple s'empare des Tuileries.




 
La Carmagnole


refrain

    Dansons la carmagnole
    Vive le son, vive le son,
    Dansons la carmagnole
    Vive le son du canon.



Madame Veto avait promis (bis)
De faire égorgé tout Paris (bis)
Mais le coup a manqué,
Grâce à nos cannoniers.

Madame Veto avait promis (bis)
D'être fidèle à son pays ; (bis)
Mais il y a manqué,
Ne faisons plus quartié.

Antoinette avait résolu (bis)
De nous faire tomber sur le cul ; (bis)
Mais le coup a manqué
Elle a le nez cassé.

L'aristocrate a pour amis (bis)
Tous les royalistes à Paris (bis)
Ils vous les soutiendront
Tous comm' de vrais poltrons.

Amis, restons toujours unis, (bis)
Ne craignons plus nos ennemis (bis)
S'ils vienn'nt nous attaquer,
Nous les ferons sauter.

Oui, je suis sans-culotte, moi (bis)
En dépit des amis du roi ; (bis)
Vivent les Marseillais,
Les Bretons et nos loix.

Oui, nous nous souviendrons toujours (bis)
Des sans-culottes des faubourgs (bis)
A leur santé buvons
Vive ces francs lurons.

Pierre Constant Musique des fêtes et cérémonies de la Révolution française, imprimerie nationale 1899

La carmagnole est probablement le chant révolutionnaire le plus connu. C'est aussi une danse. La carmagnole est chantée sous les fenêtres du roi et de la reine alors enfermés à la prison du Temple.




 
La carmagnole du café d'Yon

paroles de : Déduit
air de : la carmagnole


Louis le traître, dernier roi (bis)
Ne nous fera danc plus la loi (bis)
Nous l'avons suspendu
Et le voilà déchu.

refrain

    Dansons la carmagnole
    Vive le son, vive le son,
    Dansons la carmagnole
    Vive le son du canon.


Madame Veto, l'mauvais sujet (bis)
A vu manquer son noir projet (bis)
Lamballe et ses suppôts
Son rentrées dans l'cahos.

Tous les Parisiens ont promis (bis)
D'aller vaincre nos ennemis (bis)
Les braves cannoniers
Y seront les premiers.

Mons Brunswic voyant Berreyer (bis)
Ne se donnera plus quartier (bis)
Nous les mettrons à bas,
Lui comme ses soldats.

Adieu nos femmes, nos enfants (bis)
Vous nous reverrez triomphans (bis)
Nous tuerons les Prussiens
Et tous les Autrichiens.

BHVP n° 18149

Cette carmagnole est un excellent exemple de la réponse des Parisiens au manifeste de Brunswick.




 
La trahison punie

paroles de : Ladré
air de : Malbrouck


Louis seiz'est en cage
Qu'il mange, qu'il mange du fromage
Comm' un oiseau sauvage.
Il faut le conserver.
Il faut le conserver,
Sans le laisser sauver.
Ainsi que sa femelle
Antoinette hipocrite et cruelle,
Gros Louis sans cervelle,
Par elle est attrapé.
Par elle est attrapé
Et le peuple trompé,
Se lève et prend les armes
Pour cesser, pour cesser les allarmes ;
Louis dans ces vacarmes,
Croyoit être vainqueur.
Croyoit être vainqueur,
Mais les suppôts sans cœur,
Voyant que la patrie
Des Suisses punit la barbarie ;
En craignant pour leur vie,
Ils se sont tous cachés.
Ils se sont tous cachés,
Etant bien retranchés,
La famille sacrée
Se sauve, se sauve à l'Assemblée
E'le y fut condamnée,
De monter à la tour,
Des folles à l'entour,
Madame à sa tour monte
Toute en rage et confuse de honte
Gros Louis se démonte
De se voir en prison,
De se voir en prison,
Et n'a-t-on pas raison,
De punir ce grand traître,
Qui vouloit toujours seul être maître,
Mais on lui fait connaître
Qu'il n'est plus rien du tout,
Qu'il n'est plus rien du tout.
Il peut chanter Malbrouck
Et sa femme Antoinette
Ne peut plus rien tramer en cachette.
Son ami La Fayette
Est connu traître aussi,
Est connu traître aussi.
Ah ! s'il venait ici
S'il faut qu'on nous l'amène
Mironton, ton ton, mirontaine
S'il faut qu'on nous l'amène,
Il sera raccourci.

BHVP n° 9312

Sur un air très populaire, qui montre bien quel est le public visé par cette chanson, on rapelle les "méfaits" du Roi. Celui-ci est traité avec une grande désinvolture de ton, et la reine sert de bouc-émissaire aux erreurs de jugement du roi.
La Fayette n'est pas oublié dans l'histoire. Pour ne pas être raccourci comme promis, il se rend à l'ennemi. Il ne rentre en France que sous Napoléon. Il vit alors dans une retraite doré et est écarté de la vie politique. Il réapparait en 1830, pour draper Louis-Philippe dans le drapeau tricolore.




 
Au ci-devant Roi

air de : Ce fut par la faute du sort


Monarquie autrefois si fêté,
Des bons François, l'unique idole,
Pour avoir trop mal écouté,
Tu fréquentas mauvaise école,
Souviens-toi de cette leçon,
Tu viens de ternir ta mémoire.
Réfléchis bien dans ta prison
Que vertu seule fait gloire.

Le bonheur eût filé tes jours ;
Que ta conscience en décide,
Les rois nés bons le sont toujours
Quand la vertu devient leur guide.
Si ton sort fut d'être abusé,
Les François ne veulent plus l'être ;
Pour ce que tu nous a causé,
Apprends comme on punit un traître.

histoire chantée de la 1ère République. 1789 à 1799. Louis Damade, Paris, 1892

Où il est rappelé au roi qu'il a mal choisi son camp.




 
Le divorce

dialogue entre Mme Engueule, Mme Saumon, harangères et M. Mannequin, fort de la halle


air de : Les marigniers d'la guernouillère ou : On doit soixante mille francs


Mme ENGUEULE
    J'aurons l'divorce, ma commère,
    En dépit de nos calotins.
    Avec leux quatre mots latins
    Du mariage, ils font eunn'galère.
    Et l'sacrement nous plonge encor,
    Au fond d'l'enfer, après la mort.

    Jeune brebis douce et gentille
    Tombe à vieux vilain loup garou
    On met du dur avec du mou
    Pour l'intérêt de la famille
    La jeune fille ne veut pas
    Mais papa l'veut ; faut sauter l'pas.

    C'te pauvre enfant qu'on tyrannise
    Obéit, et n'ose pas broncher.
    Comme l'agneau va cheux l'boucher,
    Telle elle va triste à l'église.
    Sa bouche y dit, oui, son cœur, non,
    V'la qu'est bâclé ; l'mariage est bon.

Mme SAUMON
    N'y a pu moyen de s'en dédire,
    Par l'indissolubricité,
    Du bon Dieu, c'est la volonté
    Qu'all souffre un éternel martyre,
    V'la comm'vous raisonne un cagot,
    Qui d'son Dieu fait un ostrogot.
Mme ENGUEULE
    Faut d'la vertu, pu gros qu'un ange,
    Pour que l'mâtin n'soit pas cocu :
    Bientôt la tête emporte l'cul,
    Faut ben gratter où ça démange,
    Un galant gratte, et par un sort,
    V'la qu'ça démange encor pu fort.
Mme SAUMON
    Pour la vertu faut être libre
    L'choix qu'on fait soy même est l'seul bon,
    L'mariage est comme le canon
    Faut qu'son boulet soit de qualibre,
    Sinon il rate ou porte à faux
    Et c'est j'ter sa poudre aux moignaux.
Mme ENGUEULE
    Avec l'divorce mon chien d'homme
    N'me f'ra pu tant son embarras ;
    Il n'vendra plus jusqu'à nos draps
    Pour payer ses d'misquiés d'rogôme ;
    Il sçaura que j'peux l'planter là
    Et ça seul le corrigera.
Mme SAUMON
    Et l'mien donc, qui porte à sa gueuse
    C'que j'gagne, et jusqu'à mes jupons.
    J'en f'ray justice, j't'en réponds.
    Tu verras c'te belle engueuseuse,
    Drès que l'divorce sera v'nu,
    Les yeux pochés, et l'cul tout nu.
JEAN MANNEQUIN
    Quel gyrie et quel bavardage
    S'lon vous tous l'zhommes sont des gueux.
    Vous raisonnés l'a touttes deux,
    Comme des con-seillers d'village,
    Si chez nous, l'y a ben des coquins
    C'est qu'chez vous l'y a ben des catins.

    Nous faut l'divorce, pour bien faire,
    Luy seul rendra l'mariage heureux.
    Quand on peut s'quitter tous les deux
    On y prend garde, on cherche à s'plaire.
    Com ça j'verrons moins d'libertins
    Moins de cocus, moins de catins.

    D'ailleurs que f'roient les droits de l'homme
    Sans l'divorce point d'liberté.
    Leux indissolubricité
    Est eune chaîne all vient de Rome,
    J'lavons traînée assez long-temps ;
    Plus d'chaîne, et qu'les Français soient francs.



La joye de la nation BHVP n° 12031

La loi permettant le divorce est certainement un grand pas en avant pour les femmes. Cependant, comme elle a été votée par des hommes, on peut se demander si ce n'était pas à eux qu'ils pensaient en le faisant.